Retour sur La-La-Land ou analyse d’une fausse légèreté

J’avais entendu parler de La-La-Land comme du buzz de l’année, LE film à voir absolument. Je ne suis pas vraiment une adepte des comédies musicales d’habitude. A part Grease qui, il faut l’avouer, est cultissime, je n’en ai pas regardé énormément. Voir des gens se mettre à danser et à chanter en plein milieu d’une salle de classe, je trouvais ça assez niais, pour ne pas dire carrément kitsch.

Pourtant, les critiques autour du nouveau film de Damien Chazelle suscitaient ma curiosité. Elles parlaient d’une pépite pleine de pep’s, d’un happy movie retro qui voudrait renouer avec le genre de la comédie musicale d’antan, bref, de la sortie ciné incontournable. Quand un ami m’a proposé d’aller le voir, je me suis dit « pourquoi pas? »

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Dès les premières minutes, j’ai senti, ou plutôt j’ai cru sentir, que ça allait être exactement ce que j’avais envisagé. Des gens qui dansent et chantent sur le toit de leurs voitures coincées en plein embouteillage, une bande de copines qui se prépare à sortir sur fond de paroles un peu cul-cul, des claquettes, du soleil… Les deux personnages principaux, Mia et Sébastian, s’annonçaient aussi comme de bons gros clichés du genre: elle, maladroite mais pétillante, actrice ratée rêvant de décrocher un casting; lui, pianiste vivotant de petits jobs minables en attendant de pouvoir ouvrir un club de jazz. Ils se rencontrent, se percutent, se chamaillent; on devine qu’ils vont finir ensemble, on sait à quoi s’attendre. J’ai esquissé une petite moue cynique en pensant « encore une énième comédie à l’eau de rose… » Et pourtant, je me suis surprise à sourire face à tout ça, toute cette guimauve qui correspondait à mes attentes.

Puis, tout va vite, trop vite. (Là, je vais commencer à spoiler) Un baiser, un rendez-vous, de belles paroles et ça y’est, ils s’installent ensemble, se soutiennent dans leurs projets, se susurrent des je t’aime entre deux pas de danse. Tout est un peu trop beau pour être crédible: on sent le drame arriver à dix-mille lieues. Pourtant, quand les choses commencent à se corser, même si j’y étais préparée, une sorte de malaise s’est diffusé en moi.

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Mia enchaîne les échecs. Sébastian s’éloigne un peu plus de son rêve de bar jazzy. Les déceptions s’accumulent, violentes pour elle, plus insidieuses pour lui. Et là, on se demande: mais merde, quand est-ce qu’ils vont enfin parvenir à leur but?

Choc ultime: la séparation. On imagine qu’ils vont se remettre ensemble, forcément, c’est une comédie romantique, attends. Quand s’affichent les mots « five years later » sur l’écran, on s’attend à voir Sébastian de l’autre côté de cette chambre d’enfants dans laquelle Mia s’apprête à entrer. Il n’en est rien. Mia est mariée, mère et, enfin, actrice renommée. Sébastian a ouvert son club de jazz. Ils ont réalisé leur rêve. Séparément. Pourtant, leurs regards se croisent à nouveau par le hasard d’une nuit, la nostalgie les submerge. Le film se voit réécrit en quelques secondes. Et si Sébastian n’avait pas délaissé Mia pour son travail au sein d’un band  adulé? Et si Mia avait décroché un petit rôle bien avant? Et si…

Oui mais voilà. Dans La-La-Land comme dans la vie, on ne peut pas rembobiner le cours du temps, et je trouve que c’est là toute la beauté et l’originalité de ce film. Mia et Sébastian sont heureux dans leurs nouvelles vies et acceptent de se voir partir, l’un et l’autre. On sent dans leurs yeux que s’il y a nostalgie, il n’y a pas de regrets. La-La-Land nous a montré un amour de jeunesse, un amour passionné destiné à ne pas durer, une flamme qui s’éteint pour ne pas tout brûler autour d’elle. Un amour qui a fait grandir ses protagonistes, mûrir juste assez pour pouvoir se dire au revoir sans amertume.

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Au delà de son univers rétro, La-La-Land nous parle de sujets très contemporains, notamment la difficulté de réaliser ses rêves artistiques dans un monde en plein changement. Mia voudrait percer, mais elle enchaîne les coups durs avant de décrocher un rôle, alors même qu’elle voulait abandonner. La concurrence, le mépris des responsables de casting, les déceptions qu’elle rencontre nous percutent avec violence. Même si Mia finit par percer, l’image de la jeune serveuse qui lui sert son café à la fin, émoustillée à l’idée de croiser son idole, nous rappelle qu’il y aura encore des centaines de filles qui n’auront pas sa chance. Sébastian, lui, fait face à la dure réalité du « progrès »: le jazz qu’il aime meurt à petit feu et pour le faire perdurer, il faut forcément accepter de le voir changer.

La scène de l’Observatoire Griffith est une référence à La Fureur de Vivre. Peut être le réalisateur a t’il voulu revendiquer cette filiation: ce classique du cinéma US fait aussi, dans un autre genre, le portrait d’une génération qui aspire à la légèreté mais ne parvient jamais à s’envoler.

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Quand je suis ressortie de la salle, je ne savais pas trop quoi penser de La-La-Land. Les grandes envolées jazzy et l’amourette légère auxquelles je m’attendais se sont délitées tout au long du film. Les chansons disparaissent peu à peu, la comédie musicale meurt en son propre sein. Et pourtant, malgré une fin amer, malgré la tournure qu’ont pris les choses, j’avais le sourire en me remémorant les airs des débuts, les costumes délicieusement retro et l’atmosphère si particulière de ce film. Comme Mia et Sébastian, j’ai accepté que la légèreté du début se soit perdue en chemin et j’ai savouré ce qu’il y avait eu de bon. Et c’est sûrement toute la morale de La-La-Land: pour être heureux, il faut peut être accepter que tout ne se passe pas comme on le souhaiterait.

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7 réflexions sur “Retour sur La-La-Land ou analyse d’une fausse légèreté

  1. C’est fou comme chaque personne interprète ce film différemment.
    Je ne l’ai pas du tout ressenti de cette façon ! Et c’est aussi ce qui fait toute sa richesse.

    A la fin, j’ai pleuré. J’ai littéralement éclaté en sanglots, comme si tout ça m’était arrivé à moi. Normal, j’avais fait un énorme transfert. « Chanteuse », j’ai moi aussi voulu percé, et finalement, contrairement aux protagonistes, j’ai choisi l’amour.

    Car pour moi, le sens premier du film est là : il s’agit d’un choix à faire. Un rêve, ou l’amour. Tous les deux choisissent le rêve, alors que leur amour aurait pu leur apporter un bonheur tout aussi bon et fort. Ils choisissent de partir chacun de leur côté pour poursuivre une quête quasiment vouée à l’échec.

    Un choix qu’a probablement dû faire le réalisateur lui-même, ou qu’il connait au travers du « milieu ». Certains de mes amis ont choisi l’amour. D’autres le rêve. Mais à chaque fois que je parle avec eux de ce film, ils me disent qu’il a bouleversé.

    Et si elle, ne semble pas avoir de regrets mais beaucoup de nostalgie, je décelais dans son regard à lui un grand regret. Si c’était à refaire, je pense qu’il serait resté avec elle … C’est, en tout cas, comme ça que je l’interprète.

    Et effectivement, le fait que finalement, ils ne terminent pas ensemble fait toute la beauté du film et de la vie. C’est réel. Ce n’est pas un film juste « à l’eau de rose ». La BO est sublime « City of stars, are you shining just for me ? » Le sens esthétique des images est à couper le souffle.

    Je suis allée le voir parce que j’adore les comédies musicales, mais je ne savais absolument pas de quoi ce film allait traiter. Je n’ai pas lu le résumé ni regardé la bande-annonce. Quelle surprise !

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    • Merci beaucoup pour ce long commentaire, j’aime bien recevoir des avis surtout quand ils sont différents des miens !
      Je pense que la richesse de ce film c’est justement d’être interprété différemment selon le parcours et le caractère de chacun… L’ami avec qui je suis allée voir le film était plutôt de ton avis, déçu que Mia et Seb ne finissent pas ensemble, il a vu dans leurs yeux des regrets… Alors que moi je voyais surtout la réalisation de leurs rêves personnels au détriment de leur couple oui, mais leur accomplissement personnel… En fait c’est ça le gros dilemme du film: être à 2 dans l’ombre ou briller seul… Je pense comme tu dis que ça a du être inspiré des rencontres du réalisateur !

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  2. J’ai commencé à lire ton article et puis j’ai vu que tu commençais à spoiler du coup je me suis dit que j’allais regarder le film avant, parce que bon puisque Justine en parle .. Et puis au fait, je sais pas si c’est parce que je suis au Canada, où si je suis vraiment fermée à la société, mais j’avais pas entendu parler de Lala-land avant de tomber sur ton article !

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    • Sérieusement tu en avais pas entendu parler? Je pensais au contraire qu’au Canada ils en parleraient encore plus (c’est donc toi ma visite qui vient du Canada ;)) Tu le liras quand tu l’auras vu! Je pense que ce film te plaira beaucoup

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  3. Je suis pas bonne pour la critique de film mais mon dieu ce que je l’ai aimé! Je me suis retenue de pleurer pendant tout le film (surtout la fin). Je trouve celui-ci très vrai car il montre que le fait d’avoir le choix ne signifie pas toujours de faire le bon et/ou d’être heureux. Qui, à la fin d’une histoire, n’a jamais rêvé de retrouver la personne des années plus tard et s’aimer à nouveau? Finalement, la conclusion de tout cela c’est qu’on ne peut pas tout avoir et qu’il faut parfois, comme le dit si bien un commentaire au dessus, faire un choix entre ses rêves et l’amour.

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  4. Justine moi j’ai pas encore vu le film, et j’ai lu d’une traite ta critique que je trouve fort intéressante, ainsi que les commentaires d’ailleurs. Bon je verrai un jour le film, en attendant je te remercie de ton partage!!
    xx
    https://yzystyle.com

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